Quand Sofia est née en 2011, j’étais persuadée que je me souviendrais de tout.

De ses premiers sourires.

De sa petite voix.

De ses expressions si particulières.

Des moments du quotidien qui me semblaient alors tellement importants.

Je prenais des photos, bien sûr. Beaucoup de photos.

Mais surtout, j’avais la certitude que ces souvenirs resteraient gravés dans ma mémoire pour toujours.

Puis les années ont passé.

Anna Victoria est arrivée.

Puis Marco.

En l’espace de quelques années, je me suis retrouvée maman de trois jeunes enfants : une petite fille de 4 ans, une autre d’à peine 18 mois, et un nouveau-né.

Autant dire que notre quotidien était… intense.

Les journées commençaient tôt et se terminaient tard.

Il fallait préparer les repas, gérer les siestes, les rendez-vous, les lessives, les petits bobos, les câlins, les crises, les réveils nocturnes.

Je passais mon temps à courir.

À faire de mon mieux.

À essayer de répondre aux besoins de tout le monde.

Et pendant longtemps, j’ai eu l’impression de vivre dans un tourbillon.

À l’époque, je rêvais parfois que certaines journées passent plus vite.

Aujourd’hui, je donnerais beaucoup pour pouvoir en revivre quelques minutes.

Le petit-déjeuner à 14h, parce que je n’avais pas eu le temps de me poser avant.

Les histoires racontées pour la dixième fois.

Les petites voix qui m’appelaient sans cesse.

Sur le moment, cela me semblait ordinaire.

Aujourd’hui, je sais que ces instants faisaient partie des plus précieux.

Lorsque je repense à certaines de ces années-là, je réalise à quel point elles sont floues.

Bien sûr, je me souviens des grandes étapes, de certains événements marquants.

Mais une grande partie du quotidien s’est doucement effacée.

Je ne me souviens plus exactement de la façon dont Marco riait lorsqu’il était bébé.

J’ai oublié certaines habitudes qui rythmaient nos journées.

Certaines expressions de mes enfants ont disparu de ma mémoire sans que je m’en aperçoive.

Et pourtant, à l’époque, j’étais convaincue que je m’en souviendrais.

Et soudain, tout revient.

Une petite main posée sur ma jambe.

Une grimace.

Un regard.

Une façon de se blottir contre moi.

Des détails que j’avais complètement oubliés.

Ce ne sont pas seulement des images.

Ce sont des morceaux de mémoire.

Des émotions.

Des sensations.

Des fragments de vie que le temps avait commencé à emporter.

Puis, en 2021, Mila est née.

Dix ans après Sofia.

Entre les deux, la vie avait suivi son cours.

J’avais grandi, moi aussi.

Et lorsque j’ai tenu Mila dans mes bras pour la première fois, je savais déjà quelque chose que la jeune maman que j’étais en 2011 ignorait encore : tout passe.

Les nuits sans sommeil.

Les petits bras autour du cou.

Les éclats de rire.

Les habitudes du quotidien.

Les moments que l’on croit ordinaires.

Et c’est précisément parce que tout passe que ces instants ont tant de valeur.

Je crois que cela a profondément changé ma façon de regarder les familles que je photographie.

Lorsque je réalise une séance photo, je ne cherche pas seulement à créer de belles images.

Je cherche à préserver quelque chose de beaucoup plus précieux.

Ces petits détails que l’on croit éternels.

Ces gestes du quotidien que l’on ne remarque même plus.

Cette façon qu’a votre enfant de se blottir contre vous aujourd’hui.

Parce qu’un jour, sans même vous en rendre compte, tout cela aura changé.

Les photos ne servent pas seulement à se souvenir de ce que nous voyions.

Elles nous permettent de retrouver ce que nous ressentions.

Et si je crois autant en la valeur des souvenirs aujourd’hui, ce n’est pas seulement parce que je suis photographe.

C’est parce que je suis maman.

Et parce que moi aussi, j’ai découvert que certains des plus beaux moments de ma vie pouvaient devenir flous avec le temps.

Je pensais que je m’en souviendrais.

Heureusement, il reste les photos.

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